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Pacte Dutreil : transmettre son entreprise avec 75 % d'abattement fiscal

Mis à jour le 3 juillet 2026
L'essentiel

Le pacte Dutreil (art. 787 B CGI) permet d'exonérer 75 % de la valeur des titres transmis lors d'une donation ou d'une succession d'entreprise. Combiné aux abattements classiques et à la réduction de 50 % avant 70 ans, il peut ramener les droits de transmission à zéro. Mais les conditions sont strictes : engagement collectif de 2 ans, engagement individuel de 4 ans, direction effective. Toute rupture entraîne la remise en cause totale de l'exonération.

Pacte Dutreil : transmettre son entreprise avec 75 % d'abattement fiscal

Le principe du pacte Dutreil

Le pacte Dutreil, codifié à l'article 787 B du Code général des impôts, est l'un des outils les plus puissants de la transmission d'entreprise en France. Son principe est simple : en contrepartie d'engagements de conservation des titres et de poursuite de l'activité, l'État accorde une exonération de 75 % sur la valeur des titres transmis par donation ou succession.

Concrètement, si vous transmettez une entreprise valorisée à 2 000 000 €, seuls 500 000 € seront soumis aux droits de mutation - au lieu de 2 000 000 € sans le dispositif. L'économie fiscale peut représenter plusieurs centaines de milliers d'euros.

Ce dispositif s'applique aussi bien aux entreprises individuelles (art. 787 C CGI) qu'aux sociétés (art. 787 B CGI), dès lors qu'elles exercent une activité opérationnelle. Il peut être utilisé à l'occasion d'une donation du vivant du chef d'entreprise, ou lors d'une succession.

L'objectif du législateur est clair : favoriser la pérennité des entreprises familiales en allégeant massivement la facture fiscale lors des transmissions générationnelles, pour éviter que les héritiers soient contraints de vendre l'entreprise pour payer les droits.

75 %
Exonération fiscale sur la valeur transmise
6 ans
Durée minimum totale (2 ans + 4 ans)
50 %
Réduction supplémentaire avant 70 ans

Les conditions à respecter

Le pacte Dutreil est soumis à des conditions cumulatives et strictes. Le moindre manquement entraîne la remise en cause de l'exonération dans sa totalité.

1. L'engagement collectif de conservation (2 ans minimum)

Avant la transmission, le cédant doit avoir souscrit un engagement collectif de conservation avec au moins un autre associé. Cet engagement doit porter sur :

  • Au moins 34 % des droits financiers et de vote pour les sociétés non cotées
  • Au moins 20 % des droits financiers et de vote pour les sociétés cotées

Cet engagement doit être en cours au moment de la transmission et avoir duré au minimum 2 ans. Il est possible de recourir à un engagement réputé acquis (sans acte préalable) si le donateur détient seul les seuils requis et dirige l'entreprise.

2. L'engagement individuel de conservation (4 ans)

Après la transmission, chaque donataire ou héritier qui bénéficie de l'exonération doit s'engager individuellement à conserver les titres reçus pendant 4 ans supplémentaires à compter de la fin de l'engagement collectif. La durée totale minimale d'engagement est donc de 6 ans (2 + 4).

3. La condition de direction

Pendant toute la durée de l'engagement individuel (4 ans), l'entreprise doit être dirigée par l'un des signataires de l'engagement collectif ou par l'un des donataires/héritiers. Cette direction doit être effective : gérant, président, directeur général selon la forme sociale.

4. L'activité éligible

Seules les entreprises exerçant une activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale sont éligibles. Sont donc exclus :

  • Les sociétés civiles immobilières (SCI) à caractère non professionnel
  • Les holdings purement passives (sans activité opérationnelle propre)
  • Les sociétés de gestion de portefeuille

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Exemple chiffré

Prenons le cas d'un chef d'entreprise souhaitant transmettre à ses deux enfants une société valorisée à 2 000 000 €.

Sans pacte Dutreil

Base taxable : 2 000 000 €. Après l'abattement en ligne directe de 100 000 € par enfant (2 × 100 000 €), la base imposable est de 1 800 000 €. Les droits de donation s'élèvent à environ 270 000 € au total (barème progressif jusqu'à 45 %).

Avec pacte Dutreil (donateur de moins de 70 ans)

  1. Abattement Dutreil 75 % : 2 000 000 × 25 % = base résiduelle de 500 000 €
  2. Abattements en ligne directe : 500 000 − (100 000 × 2 enfants) = 300 000 €
  3. Réduction de 50 % sur les droits (donation en pleine propriété, donateur < 70 ans) : les droits calculés sur 300 000 € sont divisés par 2
  4. Résultat : avec une répartition équitable entre les deux enfants (150 000 € chacun après abattement), les droits tombent à 0 € ou proche de zéro grâce aux abattements restants

L'économie par rapport à une transmission sans dispositif dépasse ici 250 000 €. Naturellement, chaque situation est différente : la valorisation de l'entreprise, le nombre d'héritiers, les donations antérieures et l'âge du donateur font varier le résultat. Ce type de transmission est très fréquent dans le tissu économique du Pays Basque — notamment pour les PME familiales basées à Bayonne dans les secteurs du BTP, de l'agroalimentaire ou du commerce.

Le cumul avec d'autres dispositifs

La force du pacte Dutreil tient notamment à sa capacité à se combiner avec d'autres mécanismes fiscaux :

  • Abattements classiques en ligne directe : 100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les 15 ans. Ces abattements s'appliquent sur la base résiduelle après abattement Dutreil.
  • Réduction de 50 % sur les droits de donation en pleine propriété : applicable lorsque le donateur est âgé de moins de 70 ans au moment de la donation. Cette réduction s'applique sur les droits calculés, après tous les abattements.
  • Démembrement de propriété : il est possible de transmettre la nue-propriété des titres (le donateur conservant l'usufruit) tout en bénéficiant du pacte Dutreil. La base taxable est alors réduite à la valeur de la nue-propriété, en plus de l'abattement Dutreil de 75 %.
  • Holding animatrice : une holding qui anime effectivement son groupe de filiales (participation active à la politique du groupe, services rendus) peut être éligible au pacte Dutreil. Cette qualification doit être solide et documentée pour résister à un contrôle fiscal.
À lire : Donation du vivant : 8 stratégies pour transmettre sans impôts en 2026

Les pièges à éviter

Le pacte Dutreil est un dispositif redoutablement efficace mais également redoutablement fragile. Voici les erreurs les plus fréquentes :

  1. Activité non éligible : croire qu'une SCI familiale ou une holding passive entre dans le champ du dispositif. L'administration fiscale contrôle systématiquement la nature de l'activité. Une requalification entraîne la reprise intégrale des droits.
  2. Rupture de l'engagement : toute cession de titres pendant la période d'engagement (collectif ou individuel) entraîne la remise en cause totale de l'exonération, sans possibilité de régularisation partielle. Les droits non payés deviennent exigibles avec intérêts de retard (0,20 % par mois).
  3. Cession partielle : même une cession d'une partie infime des titres suffit à déclencher la remise en cause. Attention aux opérations de restructuration (apport, fusion, scission) qui peuvent être assimilées à des cessions selon les circonstances.
  4. Holding non animatrice : la qualification de holding animatrice est souvent contestée par l'administration. Elle suppose que la holding rende effectivement des services à ses filiales et participe activement à leur direction. Une documentation précise est indispensable.
  5. Transmission après 70 ans : passé cet âge, la réduction de 50 % sur les droits de donation en pleine propriété disparaît. L'anticipation est donc cruciale : plus on attend, plus la facture augmente.
  6. Défaut de direction : si aucun signataire ou donataire ne dirige effectivement l'entreprise pendant la période d'engagement individuel, l'exonération est remise en cause. Une démission ou un changement de dirigeant mal géré peut tout compromettre.

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Questions fréquentes

Sont éligibles les entreprises individuelles et les sociétés exerçant une activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale (art. 787 B CGI). Sont exclues les SCI non professionnelles, les holdings purement passives et les sociétés de gestion de portefeuille. Une holding animatrice peut être éligible sous conditions strictes.

Oui. L'abattement Dutreil de 75 % se cumule avec les abattements classiques en ligne directe (100 000 € par parent et par enfant tous les 15 ans), avec la réduction de 50 % sur les droits de donation avant 70 ans, et avec le démembrement de propriété. C'est ce cumul qui permet dans certains cas de ramener les droits à zéro.

La rupture de l'engagement entraîne la remise en cause totale de l'exonération. Les droits de donation non payés deviennent immédiatement exigibles, majorés d'un intérêt de retard de 0,20 % par mois. Il n'existe aucune possibilité de régularisation partielle. La vigilance est donc absolue pendant toute la durée des engagements.

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